Parents aidants : cette fatigue qu’on n’ose plus avouer

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La fatigue des parents aidants est une réalité dont il est encore difficile de parler librement. Il y a des choses que l’on hésite parfois à dire lorsque l’on accompagne son enfant au quotidien. Pas forcément de grandes confidences, ni des appels au secours, mais simplement ces petites phrases que tout le monde peut prononcer un jour : « Je suis fatigué », « J’en ai marre aujourd’hui », « J’aimerais juste dormir » ou encore « Là, je n’en peux plus ». Des mots qui racontent un moment difficile, une journée de trop, une nuit trop courte ou simplement cette fatigue qui s’est accumulée au fil des semaines.

Et pourtant, lorsqu’on est parent aidant, ces quelques mots peuvent parfois prendre une tout autre dimension dans le regard des autres. Il suffit d’oser dire que l’on est épuisé pour entendre presque immédiatement : « Tu devrais aller voir un psy », « Tu es peut-être en burn-out » ou « Tu devrais te faire suivre ». Bien sûr, ces paroles partent souvent d’une bonne intention, d’une envie d’aider ou d’une inquiétude sincère. Mais à cet instant précis, ce n’était peut-être pas ce dont nous avions besoin. Nous avions simplement envie de déposer ce que nous ressentions auprès de quelqu’un, quelques minutes, sans que notre fatigue devienne immédiatement un problème à analyser ou une situation à résoudre.

Quand parler devient plus difficile que se taire

À force de recevoir ce genre de réponses, certains parents aidants finissent par ne plus rien dire. Ils répondent que tout va bien, changent de sujet et attendent simplement que le moment difficile passe. Non pas parce que la fatigue a disparu, mais parce qu’ils n’ont plus envie d’avoir à expliquer qu’être fatigué ne signifie pas forcément aller mal, et qu’avoir besoin de souffler ne veut pas dire que l’on n’aime plus son enfant, que l’on regrette sa vie ou que l’on souhaite tout abandonner.

C’est finalement assez étrange lorsque l’on y pense. Une personne peut rentrer du travail et dire qu’elle en a marre, qu’elle est épuisée, qu’elle ne supporte plus son patron ou qu’elle rêve de rester chez elle le lendemain, sans que personne n’imagine forcément qu’elle va démissionner dans l’heure. Nous comprenons naturellement qu’elle traverse une mauvaise journée, qu’elle a besoin d’en parler et que demain sera peut-être différent. Pourquoi serait-ce différent pour un parent aidant ? On peut aimer profondément son enfant, être présent chaque jour, continuer à se battre pour lui et, malgré tout, trouver certaines journées particulièrement difficiles.

Il y a des périodes où tout s’enchaîne : les rendez-vous, les démarches administratives, les appels, les imprévus, les nuits trop courtes, les inquiétudes et cette charge mentale qui continue même lorsque la maison semble enfin calme. Dans ces moments-là, pouvoir simplement dire « aujourd’hui, j’en ai marre » devrait être possible sans avoir immédiatement à rassurer la personne qui nous écoute sur notre état psychologique ou sur notre capacité à continuer. Parfois, ce ne sont que quelques mots dont nous avons besoin pour laisser sortir un peu de ce que nous retenons depuis trop longtemps.

Parfois, nous ne cherchons ni conseil ni solution. Nous avons simplement besoin de quelqu’un qui nous écoute vraiment.

Écouter sans chercher immédiatement une solution

Lorsque quelqu’un que l’on aime nous confie sa fatigue, notre premier réflexe est souvent de vouloir l’aider. Alors on cherche une solution, on donne un conseil, on propose de consulter quelqu’un ou on raconte l’expérience d’une autre personne qui a vécu quelque chose de similaire. C’est humain et cela part, la plupart du temps, d’une véritable bienveillance. Pourtant, accompagner un parent aidant peut parfois commencer beaucoup plus simplement : en l’écoutant jusqu’au bout.

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Écouter sans interrompre, sans comparer avec une autre situation, sans minimiser ce qui est ressenti et surtout sans chercher immédiatement ce qu’il faudrait faire pour que cela aille mieux. Laisser la personne raconter sa journée, dire qu’elle en a marre, qu’elle est fatiguée, qu’elle aurait simplement besoin de dormir ou de ne penser à rien pendant quelques heures. On peut même lui poser une question toute simple : « Tu veux que je t’écoute ou tu veux qu’on cherche une solution ensemble ? » Cette petite phrase laisse à l’aidant la possibilité de dire ce dont il a réellement besoin à cet instant.

Une oreille attentive peut faire énormément de bien. Elle ne fait pas disparaître les difficultés du quotidien, elle ne règle évidemment pas les problèmes et elle ne remplace pas une aide professionnelle lorsqu’elle est nécessaire. Mais elle offre quelque chose que les parents aidants ont parfois très peu dans leur quotidien : un endroit où déposer ce qu’ils ressentent sans avoir à se justifier. Et parfois, après avoir simplement parlé pendant quelques minutes, on repart un peu plus léger.

Être fatigué ne veut pas dire que l’on aime moins

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C’est peut-être l’une des choses les plus importantes à comprendre lorsque l’on parle de la fatigue des parents aidants. On peut aimer profondément son enfant et trouver certaines situations extrêmement difficiles. On peut être fier de lui, rire avec lui, partager de merveilleux moments et avoir, quelques heures plus tard, envie de s’enfermer dans une pièce pour retrouver quelques minutes de calme. L’amour n’efface pas la fatigue et la fatigue n’efface pas l’amour.

Pourtant, cette culpabilité est encore très présente. Beaucoup de parents hésitent à dire ce qu’ils ressentent parce qu’ils ont peur de la manière dont leurs paroles seront interprétées. Alors ils continuent, prennent sur eux et attendent que cela passe. Petit à petit, ils apprennent même parfois à ne plus répondre sincèrement lorsque quelqu’un leur demande comment ils vont. « Ça va » devient plus facile à dire que d’expliquer tout ce qui se cache derrière.

Pouvoir parler librement de ces moments difficiles permet justement de ne pas rester seul avec eux. Il ne s’agit pas de nier les situations dans lesquelles une véritable aide devient nécessaire, mais simplement d’accepter qu’un être humain puisse traverser une mauvaise journée, être épuisé, avoir besoin de se plaindre ou de pleurer, sans que cela définisse tout ce qu’il est.

Et si l’entourage apprenait simplement à être là ?

Accompagner un aidant ne demande pas forcément de faire quelque chose d’extraordinaire. Cela peut être un message envoyé sans raison particulière pour demander comment il va, une invitation à prendre un café, quelques minutes d’écoute au téléphone ou simplement une présence qui ne demande rien en retour. Ce sont de petites attentions qui peuvent sembler presque insignifiantes vues de l’extérieur, mais qui prennent une tout autre valeur lorsqu’une grande partie de notre quotidien consiste justement à penser aux besoins des autres avant de penser aux nôtres.

Il faut aussi accepter qu’un parent aidant puisse parfois se plaindre sans attendre que quelqu’un intervienne, qu’il puisse dire qu’il en a assez aujourd’hui et retrouver le sourire demain, ou encore avoir envie de tout envoyer promener pendant dix minutes puis reprendre son quotidien. Il peut être profondément reconnaissant de ce qu’il possède tout en trouvant certaines journées terriblement difficiles. Toutes ces émotions peuvent exister ensemble, sans remettre en question l’amour porté à son enfant ni tout ce qui est fait chaque jour pour lui.

Bien sûr, lorsqu’une personne exprime une souffrance profonde, durable ou demande elle-même de l’aide, l’accompagner et l’encourager à se tourner vers un professionnel peut être précieux. Mais toutes les fatigues ne sont pas automatiquement des appels au secours et tous les « j’en ai marre » ne cachent pas nécessairement une dépression. Certaines paroles ont simplement besoin d’être accueillies. Faire cette différence, c’est aussi permettre aux parents aidants de continuer à parler librement, plutôt que de les pousser doucement à tout garder pour eux.

Parfois, écouter est déjà une façon d’aider

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Alors, la prochaine fois qu’un parent aidant vous dit qu’il est fatigué, qu’il en a marre ou qu’il aimerait simplement dormir pendant des heures, peut-être pouvons-nous commencer par ne rien chercher à réparer. Nous pouvons simplement rester là, l’écouter et lui laisser cet espace dont il a besoin. Il nous dira peut-être ensuite qu’il souhaite un conseil, une aide ou une solution. Mais peut-être qu’il avait seulement besoin, pendant quelques minutes, de ne plus être celui qui porte tout.

Et si vous êtes vous-même parent aidant, vous avez aussi le droit de raconter les journées difficiles autant que les belles, les moments de découragement autant que les petites victoires, la fatigue autant que la joie. Une phrase prononcée après une mauvaise journée ne résume ni votre histoire, ni votre rôle de parent, ni l’amour que vous portez à votre enfant.

Peut-être avons-nous simplement besoin de créer davantage d’endroits où les aidants peuvent dire « aujourd’hui, c’était trop » sans craindre le regard de l’autre, et entendre en retour quelque chose d’aussi simple que : « Je suis là, je t’écoute. » Parce que soutenir les aidants commence aussi comme cela, petit à petit, dans notre entourage, dans nos familles et dans nos amitiés : non pas toujours en cherchant la bonne réponse, mais en offrant une présence sincère lorsque quelqu’un trouve enfin la force de parler.

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